Belles-amies-Graph_edited.png

Notes d'auteure
Anne Cardona

« Longtemps j’ai souffert d’avoir peu d’amies. Les bandes de filles pas pour moi. Trop solitaire.

Trop timide. Plus tard, j’ai compris pourquoi je m’en étais toujours prémunie. Les sentiments de jalousie et de convoitise entravent bien souvent les relations entre femmes, les rendant malsaines voire dangereuses.

Même sans homme j’ai toujours eu cette sensation qu’entre 2 femmes il y avait toujours un homme ou l’idée de l’homme à séduire, et donc compétition pour l’hypothétique conquête....

 

A travers cette histoire à huis clos j’ai voulu dire qu’entre 2 femmes dont la jeunesse « fout le camp » le sentiment primal de rivalité, quasi animal refait vite surface malgré tout ce que l’intellect réfute.

 

J’ai choisi le vestiaire, cette frontière bizarre entre le solide et l’aquatique, l’habillé et le nu, qui est aussi cruelle que celle qui existe entre la jeunesse et l’âge mûr pour que se dévoilent ces 2 personnalités féminines.

Comme un confessionnal, cet endroit qui révèle tous les complexes, est aussi un théâtre de

guerre sans pitié, où c’est avant tout l’âme qui est mise à nu. »

Au théâtre je suis sans cesse écartelée entre mon amour immodéré pour le théâtre classique et tout particulièrement le lyrisme des alexandrins de Racine, et la délectation que j’éprouve à écouter des mots complètement quotidiens, voire triviaux, vomis en de longues logorrhées, comme ceux d’un Pascal Rambert ou jetés crûment mais pleins de poésie comme ceux d’un Xavier Durringer. Le défi que je m'étais donné à moi-même en écrivant Belles Amies était de mélanger passages versifiés, parfois presque grandiloquents pour des scènes oniriques ou paroxystiques, et mots de tous les jours, parfois vulgaires, pour des situations banales et universelles

La pièce s'articule presque comme une enquête policière où l'on ne saurait jamais vraiment qui est la méchante et qui est la gentille, qui est coupable et qui est innocente : une parano obsessionnelle et une extravertie maladroite ou une victime réparée et une meurtrière

manipulatrice ?

Je pense qu'il est aussi important de parler du langage qui oscille entre un réalisme quotidien apparemment sans effet, par le truchement de dialogues assez triviaux pour ciseler les personnalités de chacune et des passages écrits en alexandrins plus littéraires pour accentuer parfois une certaine forme d'onirisme et de décalage.

 

Le fait que dans les actes 1 et 2, la parole est calculée et retenue, quand dans l'acte 3, elle déferle comme un torrent trop longtemps retenu. Plus d'allers et venues, fini le ballet des jours qui passent et se ressemblent plus ou moins, les émotions sortent sans retenue, les sentiments et les rancœurs se vomissent.

 

DSC_7781.jpeg